Fitz

07/06/2008

07/06/08 - 23:42

J'avoue.

Voilà, il faut que je vous dise.
Il y a à peu près un an, j'ai fait une découverte.
A la base, soyons franc, je cherchais des variations, des supports différents pour me rincer l'œil faire travailler mon imagination en vue des longues soirées d'automne et d'hiver à venir. Je cherchais des dessins, des BD.
Et petit à petit, de fil en aiguille, j'ai atterri dans le monde du yaoi.
Je connaissais le terme, je savais qu'il y avait des trucs pédésexuels là-dessous.
Mais je ne pensais pas débarquer dans un tel microcosme.
Une véritable micro-société.
Il faut aussi que je vous prévienne tout de suite les copains, c'est monde presque exclusivement féminin. Le yaoi est à la base dessiné par des femmes, pour les femmes.
Je dis yaoi, mais en fait ça englobe aussi les shōnen-ai et toutes histoires incluant une surabondance de bishōnen (c'est-à-dire de beaux jeunes hommes au physique plutôt ou carrément androgyne).
Dans cette micro-société, les filles se passionnent pour des amours masculines. Cela va de la romance où le plus subversif passage vous montrera un baiser volé, aux relations charnelles qui peuvent être simplement suggérées ou totalement explicites.

Ces histoires se présentent sur plusieurs supports : des mangas, des animés, voire des jeux vidéos. Il y a bien sûr des adaptations de l'un à l'autre. Tel jeu ou telle bande dessinée peut se retrouver adapté en animé par exemple.

Comme je le disais, c'est un monde de filles, et ça se voit dans le contenu.
Les relations suivent généralement des stéréotypes très forts.
Dans un couple de garçons, il y aura systématiquement d'un côté un passif soumis et de l'autre un actif dominant. L'équivalence passif et soumis est très forte. De fait, vous n'aurez jamais de couple versatile. Les rôles sont définis et non interchangeables. On est dans le paradigme hétéro. Même dans le dessin, la façon dont les corps sont entremêlés évoque bien souvent un rapport homme-femme et seule l'absence de poitrine permet de faire le distinguo.
La lectrice doit pouvoir s'identifier au jeune amant fougueusement pris par son amour éternel. Oui, car il y a une seconde constante, à l'instar des mœurs de la Grèce antique, le passif est presque systématiquement le plus jeune, bien souvent un étudiant ou un lycéen...

Les histoires sont remplies de jamais, de « juré », de toujours.
Parfois, c'est mélodramatique, parfois ça se termine bien.

J'ai donc essayé de comprendre ce milieu. Je suis curieux. Je m'y suis faufilé pour le meilleur et pour le pire.

Une question que je me pose – et qui reste partiellement sans réponse – est de savoir qu'est-ce qui poussent des jeunes femmes à se passionner pour le yaoi et ses amours homosexuelles. Pour y répondre, je ne peux m'empêcher de faire le parallèle avec les films pornos hétéro (qui sont en général bien plus fait pour les hommes que pour les femmes, hein) : il est fréquent de voir des scènes lesbiennes dans ces productions ; quand un mec s'occupe de deux nanas, il n'est pas rare que ces deux demoiselles se caressent, s'embrassent ou se broutent le minou. Par contre quand une armada de messieurs se met sur une fille, curieusement, ils ne se touchent même pas (la pudeur probablement). On montre une relation lesbienne factice pour exciter un homme hétéro ; de la même manière, on montre une relation gay irréaliste pour titiller une femme hétéro.

Mais revenons à nos histoires yaoi.
Un de mes problèmes au début a été d'essayer d'évoluer dans un milieu japonais et son code de bienséance, ne pas se perdre dans les utilisations des san, kun, sama, sampai et autre sensei voir simplement de l'usage des noms et prénoms. Je suis toujours surpris par deux amants qui s'appellent par leur nom de famille, et qu'au bout de 6 mois l'un est fou de joie parce que l'autre l'a appelé par son prénom... Il y a tout un contexte culturel à apprivoiser pour un béotien comme moi qui ne connaît le Japon qu'à travers les sushi-bars bon marché pullulant à Paris...

Si le sujet n'est pas varié, il y a plus de diversité dans la narration.
Les histoires sont tantôt dramatiques, tantôt simplement sensibles, d'autre fois drôles.
Certaines histoires sont tendres et douce, là où d'autres mettent franchement mal-à-l'aise par leur violence sexuelle : il n'est pas si rare qu'un nœud d'intrigue soit une histoire d'incestes (plutôt entre frères), de viol, voire de viol sur mineurs...
Bien souvent l'auteur cherche à atténuer la violence morale que peuvent contenir certaines scènes en situant l'histoire dans un monde magique ou fantastique...
Il faut savoir slalomer et éviter ce qui nous choquent.

Une fois pris ses repères, il y a certes pas mal de déchets et de choses sans beaucoup d'intérêt, mais j'ai pris, je l'avoue, parfois beaucoup de plaisir (et rien de sexuel, là ; n'allez pas tout salir, bande de pervers) à découvrir certains bandes dessinées et certains dessins animés.
La plupart du temps, les droits n'ont pas été rachetés en France et n'existe donc qu'en VO à l'import. Donc pour en profiter il faut lire et comprendre le japonais... Du coup, de véritables réseaux de groupes de passionnées (oui, je me répète, c'est un milieu de filles) qui scannent et traduisent les mangas ou sous-titrent les animés. J'imagine que ce sont des loisirs chronophages qui nécessitent une réelle passion. Je reste stupéfait par le travail que produit ces équipes...

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