Dévoyé
C'est curieux comme parfois des événements se collapsent, se percutent. Deux fois à peu de temps m'arrivent des informations similaires à différentes échelles. Situations qu'on peut illustrer par cette récente citation :
On ne peut pas accepter qu’un professeur gifle un enfant quelles que soient les circonstances.
Plus j'y pense et plus je me convaincs que c'est ce genre de position qui est inacceptable, psychologiquement dangereuse. Une vraie usine à fabriquer des monstres.
Ca me laisse une nette impression que le système est dévoyé, les valeurs sont faussées.
Oui, plus j'y pense, et plus, non seulement je comprends comment ce genre de geste arrive, mais plus je le trouve à la fois acceptable et potentiellement adapté.
Certains considéreront que c'est un avis réactionnaire.
C'est probablement mon côté rural. C'est surtout un avis pragmatique, par opposition à une déclaration comme celle rapportée ci-avant qui est purement idéologique.
Comme toujours on est passé d'un extrême à l'autre ; en oubliant que le mieux est l'ennemi du bien.
Entendez bien, je suis opposé aux châtiments corporels.
Réciter ses verbes irréguliers à genoux sur une règle jusqu'à ne pas commettre d'erreurs me semble par exemple particulièrement contre-productif.
Mais, d'un point de vue purement disciplinaire, une bonne gifle me semble parfois un bon moyen de remettre les esprits en place. Ca indique clairement que les bornes ont été franchis et qu'une relation de respect n'est pas une relation d'égalité. Je ne parle pas du gain en efficacité : on évite de longues palabres stériles qui font perdre le temps de tout le monde pour une efficacité à démontrer, ni du gain représenté en stress évacué.
Je ne pense pas que ce soit un geste anodin et qu'il fasse en abuser, mais dans certains cas ça simplifierait la vie.
Et pas de pipeau idéologique sur le constat d'échec du recours à la violence. Car bordel, on ne parle que d'une gifle. On ne peut pas tout mettre dans le même panier, sinon à simplifier de façon manichéenne les choses (c'est à la mode je sais). Il faudrait qu'elle soit sacrément costaude la gifle pour porter atteinte à l'intégrité physique du receveur. On ne va quand même pas parler de maltraitance non plus.
Il y a quinze ans pour ma part que j'ai quitté le collège.
Il n'y a pas si longtemps pourtant.
Alors je repense à ce qui aurait froissé l'idéologie actuelle dans les actes du personnels administratifs et enseignants vis-à-vis des élèves.
Peut-être les méthodes disciplinaires de mon prof d'anglais de 3e, homme calme et charmant au demeurant. J'ai découvert avec lui (mais pas sur ma personne) que se faire frotter les oreilles, ça pouvait s'appliquer au sens propre, quand on est dissipé.
Puis, comment aurait été perçue sa façon de faire taire deux voisins qui bavardent ? (Simple et efficace : vous vous approchez tranquillement par derrière et dans un bel élan, vous faites allègrement choqués les deux têtes ; ça sonne bien je peux vous le dire et on se sent très con...)
Et cet incident avec le père Jean. Lui aurait-il valu des histoires ? M. Jean, notre prof d'histoire en 3e, nous le connaissions plutôt pour sa langue acérée mais nous apprîmes un jour qu'il ne fallait pas le faire sortir de ses gonds.
Jules manifestement n'écoutait pas les consignes. Le père Jean lui demanda si ça ne l'intéressait pas. Jules porta son attention sur le prof. Et lui fit un large sourire. Erreur de jugement ? Toujours est-il que Jean lui rendit un sourire qui se fit mauvais et annonça « mais c'est qu'il se fout de moi en plus ! ». Jean fit alors preuve d'une vivacité insoupçonnée : en un bond, il se trouvait sur Jules. On a vu Jules voler (il faut reconnaître qu'il était un peu en retard sur sa croissance Jules, et donc fort léger), aujourd'hui encore je me demande comme en un laps de temps si court il s'est retrouvé de l'autre côté du bureau, à la porte, qu'il s'est empressé de prendre sans demander son reste (sans quoi je pense qu'il aurait eu un coup de pied au cul en prime)...
Et puisqu'il est question de gifles, il faudrait parler de M. Raymond, principal-adjoint. Grand sec, visage strict. Voix toujours calme et posée. Le contraire du principal, M. Georges, enrobé, jovial et aux coups de gueules mémorables et redoutés. Mais M. Raymond était également craint et respecté. La hantise pour celui exclu de cours et envoyé chez le principal était que Georges ne soit pas là et qu'il soit accueilli par Raymond. M. Raymond qui, bien souvent en préliminaire à toute discussion donnait une calotte au trublion, partant du principe que s'il se trouvait là, c'est qu'il avait fait une connerie. Au moins cela adoucissait la perspective d'une engueulade par M. Georges qui ne giflait pas (enfin si, une fois au moins, je l'ai entendu, comme tout l'étage a dû l'entendre, sermonner vertement un élève et le gifler, juste avant de le renvoyer ; c'était du sérieux, une accusation de racket si je me souviens bien.)
J'ai compris que les choses avaient changés quand on m'a demandé il n'y a pas longtemps alors que je narrais ces souvenirs d'enfance : mais personne ne s'est jamais plaint ?
La question m'a semblé incongrue. Se plaindre de quoi ? D'avoir été puni de ses conneries ?
En général, ceux qui passaient dans le bureau du principal (adjoint) n'en étaient pas fiers et le cachaient soigneusement à leur parents, pour éviter une autre volée de bois vert à la maison.
Oui nous n'étions pas des demi-dieux.
O tempora o mores.
[edit le 02.02.2008]
Je voulais signaler que je ne commente pas ici spécifiquement un certain événement qui s'est déroulé dans le nord de la France (même si ça a l'air d'en être une bonne illustration) ; je ne connais pas suffisamment les faits. Ma réaction est beaucoup plus générale. Elle se veut un écho à tous les manichéens qui considèrent qu'une gifle, c'est la porte ouverte à la violence, i.e. la torture, le viol, le meurtre.
Cette vision simpliste est légale, mais je voulais montrer que je ne lui accorde aucune légitimité.
01/02/08 - 03:40
Christophe Hondelatte, ce matin, à 07h00 sur RTL : "il n'empêche... un gamin de 11 ans, fils de gendarme, qui traite un prof de connard... y'a un malaise !"
furyo