Plus de dix jours que je suis revenu de Århus. Je n'ai pas grand chose à dire sur le Danemark malheureusement ; pas eu le temps de vraiment m'imprégner.
Sinon dire que, effectivement, les nuits sont plus courtes, ce qui ne serait pas gênant si les fenêtres avaient des volets ou de vrais rideaux. De ce point de vu, c'est comme en Allemagne.
Et, quitte à paraître vénal, j'avais oublié qu'être envoyé en mission hors de la zone euro, mine de rien, avec les frais de change et autres commissions, ça me coûte des sous. Payer pour travailler...
Le voyage m'aura permis en revanche de lire le dernier opus de Claude Izner, romancière à quatre mains, pseudonyme des sœurs Liliane Korb et Laurence Lefèvre, que j'avais acquis à Pâques sans encore avoir eu le temps de m'y plonger. Ce Rendez-vous passage d'Enfer nous entraîne dans le Paris de la fin du XIXe siècle à la suite de Victor Legris, libraire de son état et limier amateur, et son acolyte Joseph Pignot. Ce 7e opus est sans doute le plus décevant. Ca tourne un peu en rond, on a déjà des impressions de déjà-lu.
Comme d'habitude, le rythme n'est pas particulièrement soutenu, malgré le nombre de cadavres qui jonchent les pages du roman ; mais ce n'est pas le problème. L'intrigue est, j'ai trouvé, moins riche que d'habitude. Bien sûr, il y a une belle brochette de personnages improbables assez plaisante à imaginer ; je ne pus m'empêcher de sourire à l'évocation d'un dénommé Max Oreille, grand admirateur de Marc-Aurèle et de ses Pensées pour moi-même dont il abreuve ses comparses (comme quoi la réalité rejoint parfois la fiction).
Plaisant, oui, mais ça prend mal ; peut-être trop superficiel. Il manque un nœud d'intrigue profond qu'on retrouvait dans les précédentes histoires.
Mais, ce que je reproche surtout, c'est l'évolution des personnages. La relation entre Joseph et Victor s'est clairement détérioré, du coup leur tandem en pâti et les ressorts de l'enquête également.
Bien sûr, il reste la description de Paris en cet an de grâce 1895, toujours intéressante et bien emmenée, même si j'ai trouvé une certaine tendance au name dropping gratuit : la description de la soirée de soutien à Oscar Wilde, emprisonné outre-manche, ne semble surtout être un prétexte à établir un annuaire du tout-Paris artistique du moment.
Il n'empêche, je lirai le prochain volume, l'an prochain ; et après la rue des Saints-Pères, le Père-Lachaise, le carrefour des Ecrasés, les Enfants-Rouges, les Batignolles, la Villette, le quartier d'Enfer, je me rendrai à la Butte-aux-Cailles.
Je suis assez fidèle aux auteurs qui m'ont apporté quelque chose :
des personnages que j'aime bien et que j'aime retrouver (moteur d'une littérature populaire), et le sentiment d'avoir appris quelque chose ou celui d'avoir quelque chose à méditer.
Or, le XIXe siècle m'est à peu près inconnu.
On ne l'apprend pas à l'école. Souvenez-vous du lycée ou du collège.
Napoléon est déporté à Sainte-Hélène ; puis on retrouve l'Europe en 1914 : une poudrière, une France sous une IIIe République, amputée, remplie de Français prêts à bouffer du Schleu.
Entre temps ? Rien. Ou plutôt si : il y a eu la révolution industrielle.
Mais politiquement, ce ne sont pas les cours d'Histoire à l'école qui m'ont appris ne serait-ce que le second empire, la raclée de 70, ou encore moins la Commune.
La première tentative d'état communiste. Révolte fondatrice s'il en est.
Peut-être ne nous l'enseigne-t-on pas parce qu'il s'agit surtout d'un parisianisme ; mais j'ai des doutes.
Je crois que j'ai plus appris sur les profondes cicatrices qu'a pu laissé la Commune et sa répression grâce au Léopard des Batignolles que je ne l'avais fait avant.
Mais pas seulement ça : sur le scandale de Panama, le spiritisme, l'anarchisme, la condition des femmes et l'avortement, entre autres.
Pour cela, je les en remercie, et je reste fidèle.
A mon prochain retour en France, en juillet, j'irai m'acheter le dernier Fred Vargas dont je ne manque plus les sorties, sachant que je prendrai plaisir à me plonger dans un univers policier cotonneux où je me sens bien.
En attendant, je relis La petite Marchande de prose. A chaque fois que je me replonge dans ce roman ou dans La Fée carabine ou Aux Bonheur des ogres, je jubile et je prend un pied monstre. J'aime bien retourner picorer dans les romans que j'ai déjà lus, relire des passages que j'ai aimés. Il est assez rare que je refasse une lecture intégrale. Avec ces trois-là en revanche, pas de problèmes, je saute à pieds joints et Pennac m'emmène à l'orgasme.
Un orgasme masturbatoire, certes ; plutôt le fruit d'une masturbation à deux, où on se laisserait totalement aller sous les doigts experts de l'autre.
J'aime la smala Malaussène. Benjamin, Julius, Clara, Jérémy, Thérèse, le Petit, Julia, Verdun, C'Est-Un-Ange...
J'aime l'écriture de Pennac. Franche, Gourmande, Jouissive.
Comme la bonne cuisine.
Et c'est comme ça que je suis tombé sur un animé en 13 épisodes (format très standard) qui date de 2000–2001, adapté d'un manga, référence du genre, édité entre 1996 et 2002.
Je dis référence car c'est un rare titre à être traduit et publié en France. Le manga est donc licencié en France et doit se trouver ou se commander dans les bonnes crémeries je suppute.
Pour l'animé, je ne sais pas. J'ai vu une version sous-titrée par des fans. Je ne peux juger de la qualité de la traduction, mais il y a toujours un gros effort pour faire comprendre par exemple les jeux de mots (qui ont l'air d'arriver facilement en japonais !).
Le Titre ? Gravitation
Je vous avais mis le générique et quelques captures d'écran jeudi.
Avec Gravitation on est en plein dans le yaoi, puisque le thème principal de la série est une romance entre le bouillant Shindo Shûichi*, chanteur d'un groupe de pop (non non, je ne vous raconte pas Embrasse-moi Lucile que vous regardiez il y a 20 ans sur la Cinq), Bad Luck, qu'il a fondé avec son ami d'enfance Nakano Hiroshi, et le taciturne Yuki Eiri, écrivain à succès dont sont raides dingues toutes les femmes du pays de 7 à 77 ans, autant pour ses romans que pour son physique.
Mais Gravitation, c'est plus que cela. C'est souvent drôle. On est parfois dans la caricature et ses excès assez courant dans les animations japonaises (si vous comprenez pas ce que je veux dire, comparer par exemple le même personnage dessiné à 2 s d'intervalle sur les captures n° 8 et 9). Là où dans le théâtre de boulevard, les portes claquent, ici on défonce joyeusement les murs, et on (du moins Shûichi-kun...) aime se déguiser (en chien, chat, valise, pile électrique...).
C'est excessif parfois, certes, mais jamais vraiment lourd.
L'humour et les excès sont là pour contrebalancer des aspects plus sombres et pesants de l'histoire, en particulier le passé de Yuki (au passage, le passé lourd, trouble ou oublié d'un personnage est un thème assez fréquent dans plusieurs histoires que j'ai vu).
Gravitation est donc joyeux, drôle, tendre, émouvant, servi par des personnages souvent attachants et hauts en couleur, aussi bien K., le manager psychopathe adepte des armes à feu, que Sakano-san l'hyperémotif producteur.
Bien sûr, il ne faut pas être allergique à la J-pop, omniprésente, qui sert plutôt bien l'histoire.
L'animation quant à elle est tout à fait correcte, malgré les faiblesses et facilités lors des scènes de concert, ce qui est un peu frustrant. Chose curieuse, dans les premières minutes du premier épisodes, il y a de très fréquentes insertions de plans réels (et non dessinés) ; c'est assez perturbant. Peut-être un moyen pour montrer qu'on glisse doucement du réel à l'imaginaire? Allez savoir...
J'ai trouvé le titre très bien choisi. La première fois que j'ai regardé la série, j'ai eu cette impression de deux corps se tournant l'un autour de l'autre, comme sous l'effet de la gravité, qui se rapprochent et qui s'éloignent, mais dont les orbites sont sans cesse perturbées par des astres errants, des tiers corps rendant la prédiction des mouvements impossible ; on attend fébrilement de voir si les deux corps vont se séparer irrémédiablement, se rapprocher au point de se détruire ou finir sur une orbite à peu près stable.
Certains passages sont un peu elliptiques, et j'ai dû regarder la série deux fois pour être sûr de tout comprendre. De même la fin est un peu précipitée ; du genre, oups il nous reste 10 min pour tout caser, on expédie...
Malgré ces détails, dans ce qui j'ai vu récemment en terme de yaoi/shonen-ai, Gravitation est un coup de cœur que je revendique sans honte.
Ca fait du bien, ça me met du baume au cœur dans ces moments de solitude loin de tnÅ.
Que demande le peuple ?
Pour les accros, il y a un OAV, produit un peu avant la série (en 1999), mais qui se déroule plus tard dans le temps (ce qui conduit à de petites incohérences). La charte graphique est un peu différente et l'animation d'un peu moins bonne qualité, en particulier les scènes de concert plutôt ratées, mais une bande originale du même acabit que la série.
*Je garde l'ordre traditionnel : nom puis prénom...
Voilà, il faut que je vous dise.
Il y a à peu près un an, j'ai fait une découverte.
A la base, soyons franc, je cherchais des variations, des supports différents pour me rincer l'œil faire travailler mon imagination en vue des longues soirées d'automne et d'hiver à venir. Je cherchais des dessins, des BD.
Et petit à petit, de fil en aiguille, j'ai atterri dans le monde du yaoi.
Je connaissais le terme, je savais qu'il y avait des trucs pédésexuels là-dessous.
Mais je ne pensais pas débarquer dans un tel microcosme.
Une véritable micro-société.
Il faut aussi que je vous prévienne tout de suite les copains, c'est monde presque exclusivement féminin. Le yaoi est à la base dessiné par des femmes, pour les femmes.
Je dis yaoi, mais en fait ça englobe aussi les shōnen-ai et toutes histoires incluant une surabondance de bishōnen (c'est-à-dire de beaux jeunes hommes au physique plutôt ou carrément androgyne).
Dans cette micro-société, les filles se passionnent pour des amours masculines. Cela va de la romance où le plus subversif passage vous montrera un baiser volé, aux relations charnelles qui peuvent être simplement suggérées ou totalement explicites.
Ces histoires se présentent sur plusieurs supports : des mangas, des animés, voire des jeux vidéos. Il y a bien sûr des adaptations de l'un à l'autre. Tel jeu ou telle bande dessinée peut se retrouver adapté en animé par exemple.
Comme je le disais, c'est un monde de filles, et ça se voit dans le contenu.
Les relations suivent généralement des stéréotypes très forts.
Dans un couple de garçons, il y aura systématiquement d'un côté un passif soumis et de l'autre un actif dominant. L'équivalence passif et soumis est très forte. De fait, vous n'aurez jamais de couple versatile. Les rôles sont définis et non interchangeables. On est dans le paradigme hétéro. Même dans le dessin, la façon dont les corps sont entremêlés évoque bien souvent un rapport homme-femme et seule l'absence de poitrine permet de faire le distinguo.
La lectrice doit pouvoir s'identifier au jeune amant fougueusement pris par son amour éternel. Oui, car il y a une seconde constante, à l'instar des mœurs de la Grèce antique, le passif est presque systématiquement le plus jeune, bien souvent un étudiant ou un lycéen...
Les histoires sont remplies de jamais, de « juré », de toujours.
Parfois, c'est mélodramatique, parfois ça se termine bien.
J'ai donc essayé de comprendre ce milieu. Je suis curieux. Je m'y suis faufilé pour le meilleur et pour le pire.
Une question que je me pose – et qui reste partiellement sans réponse – est de savoir qu'est-ce qui poussent des jeunes femmes à se passionner pour le yaoi et ses amours homosexuelles. Pour y répondre, je ne peux m'empêcher de faire le parallèle avec les films pornos hétéro (qui sont en général bien plus fait pour les hommes que pour les femmes, hein) : il est fréquent de voir des scènes lesbiennes dans ces productions ; quand un mec s'occupe de deux nanas, il n'est pas rare que ces deux demoiselles se caressent, s'embrassent ou se broutent le minou. Par contre quand une armada de messieurs se met sur une fille, curieusement, ils ne se touchent même pas (la pudeur probablement). On montre une relation lesbienne factice pour exciter un homme hétéro ; de la même manière, on montre une relation gay irréaliste pour titiller une femme hétéro.
Mais revenons à nos histoires yaoi.
Un de mes problèmes au début a été d'essayer d'évoluer dans un milieu japonais et son code de bienséance, ne pas se perdre dans les utilisations des san, kun, sama, sampai et autre sensei voir simplement de l'usage des noms et prénoms. Je suis toujours surpris par deux amants qui s'appellent par leur nom de famille, et qu'au bout de 6 mois l'un est fou de joie parce que l'autre l'a appelé par son prénom... Il y a tout un contexte culturel à apprivoiser pour un béotien comme moi qui ne connaît le Japon qu'à travers les sushi-bars bon marché pullulant à Paris...
Si le sujet n'est pas varié, il y a plus de diversité dans la narration.
Les histoires sont tantôt dramatiques, tantôt simplement sensibles, d'autre fois drôles.
Certaines histoires sont tendres et douce, là où d'autres mettent franchement mal-à-l'aise par leur violence sexuelle : il n'est pas si rare qu'un nœud d'intrigue soit une histoire d'incestes (plutôt entre frères), de viol, voire de viol sur mineurs...
Bien souvent l'auteur cherche à atténuer la violence morale que peuvent contenir certaines scènes en situant l'histoire dans un monde magique ou fantastique...
Il faut savoir slalomer et éviter ce qui nous choquent.
Une fois pris ses repères, il y a certes pas mal de déchets et de choses sans beaucoup d'intérêt, mais j'ai pris, je l'avoue, parfois beaucoup de plaisir (et rien de sexuel, là ; n'allez pas tout salir, bande de pervers) à découvrir certains bandes dessinées et certains dessins animés.
La plupart du temps, les droits n'ont pas été rachetés en France et n'existe donc qu'en VO à l'import. Donc pour en profiter il faut lire et comprendre le japonais... Du coup, de véritables réseaux de groupes de passionnées (oui, je me répète, c'est un milieu de filles) qui scannent et traduisent les mangas ou sous-titrent les animés. J'imagine que ce sont des loisirs chronophages qui nécessitent une réelle passion. Je reste stupéfait par le travail que produit ces équipes...
Demain ou ce week-end, on apprendra que Fitz est la réincarnation d'une midinette, qu'il en a gardée la naïve sentimentalité fleur bleue et son goût immodéré pour l'eau de rose.
Et que plus ça va, pire c'est...
Dimanche soir à Paris pour pouvoir rentrer à Munich lundi aux aurores, voir tnÅ, lui souhaiter un joyeux anniversaire, et profiter de lui quelques heures une dernière fois avant juillet.
Dimanche dans la journée, j'étais dans ma Bourgogne quasi-natale pour fêter en petit comité les 60 ans de ma môman. Oui je sais c'est pratique ma mère et mon homme ont leur anniversaire le même jour : si je pense à l'un, je pense à l'autre (et vice-versa).
Samedi, journée passée dans la banlieue de Lyon pour la communion d'un cousin (oui j'ai 20 ans d'écart avec ce cousin germain). Lyon que j'ai rejoint le vendredi soir depuis Paris.
En effet, vendredi j'étais à Paris pour une réunion de dernière minute (ça a foutu un peu le bordel dans mes billets d'avions et de trains et de fait des frais supplémentaires... enfin...).
J'avais quitté Munich jeudi soir. Les choses étant parfois bien faites, ce passage imprévu à Paris m'a permis de voir mon Christophe préféré, qui se trouvait aussi être monté à la capitale, RG oblige ;-)
Nous avons donc mangé un morceau ensemble, tous les trois, dans ce petit restau du 19e, cette adresse de Yann que j'ai découvert il y a quelques semaines grâce à Alain qui m'avait convié à participer à une petite sauterie avec des gens (des pédéblogueurs, à une exception près) que j'aime bien. L'endroit est toujours aussi étriqué (même si cette fois nous n'étions pas 11 sur une table de 6) et les desserts toujours aussi copieux.
C'est pas tout ça, j'ai un poster à finir : dimanche, je décolle pour Billund et passe trois jours à Århus. A moi les blonds Vikings puissants et dénudés ! hum hum...
L'image de la bannière et celle de l'avatar ont été créées d'après une illustration de M. Whelan sur la couverture de "l'Assassin du roi" (R. Hobb, France Loisirs Ed.).
Les photos sont de moi, sauf mention contraire.