Lessivé mais...
Lundi 26 novembre 2007
...plutôt satisfait.
Pourtant la journée n'avait pas particulièrement bien débuté.
Le matin, à 2h, je me tournais et me retournais dans mon lit, désespéré du lapin que Morphée m'avait posé, perturbé par le souffle du vent qui balayait la (pas si) morne plaine et dont les rafales faisaient résonner mon balcon. Puis le tonnerre s'en est mêlé, n'arrangeant rien à mon affaire. Je me suis alors décidé à me lever pour parcourir les (à peine) 2 mètres qui me séparent de la cuisine pour boire un verre de lait. La manipulation de l'interrupteur ne produisit au plafond qu'un claquement sec, signe que l'ampoule venait de rendre l'âme. Je tendis le bras pour la dévisser et la changer sur le champ. Le dévissage ne posa pas le moindre problème. En revanche, ce frêle objet de verre eut un dernier sursaut (purement nerveux) dans ma main, main qu'il quitta alors pour venir se fracasser sur le carrelage en une myriade d'éclats tranchants et dangereux pour mes pieds nus. J'emmenai mes pieds se couvrir puis revins à la charge, toujours dans le noir, mais balai à la main pour déminer la zone. Fouillant ensuite le placard adéquat, je réalisai l'absence de remplaçante prête à prendre la relève de la défunte ampoule. Petite vis, grosse baïonnette, mais aucune à grosse vis. Persévérant, réalisant qu'un autre luminaire, inutilisé lui, portait ce que je cherchais, ni une ni deux, je déshabillai Pierre pour habiller Paul. J'ai bu mon verre de lait, sans casse supplémentaire. A peine ma couette rejointe que le sommeil me terrassa.
Ce matin à 7h20 en tirant les rideaux je découvris que cinq bons centimètres de poudreuse recouvraient tout alentour...
Mais je me suis éloigné de mon propos original.
J'y reviens donc.
Tous les lundis, nous avons un séminaire interne. Un membre du laboratoire présente pendant 45 minutes un de ses travaux.
Aujourd'hui, c'était moi. Je présentais les travaux auxquels j'ai participé au sein d'une collaboration. J'ai passé tout le week-end à préparer ma présentation, après m'y être mis jeudi. Ca demandait réflexion. Je n'avais jamais moi-même présenté ce travail. Ces derniers mois, en conférences, colloques, c'est toujours un collègue (le coordinateur et chef de la collaboration en quelque sorte) qui l'a présenté. Ce n'est pas une mince affaire, car même devant un parterre de spécialistes, il a bien fallu trois présentations pour que la plupart comprenne ce qu'on avait fait. Alors cette fois-ci, pour une audience qui ne comprend goutte à ma spécialité – quand ils savent qu'elle existe et que l'astrophysique ce n'est pas seulement des galaxies lointaines et de la cosmologie – il va falloir faire preuve de pédagogie.
Ce genre de présentation est pour moi une torture. Je ne m'habitue pas.
Pourtant, fondamentalement, c'est toujours intéressant de présenter ses travaux, au fond j'aime ça.
La torture vient de la peur de bafouiller, chercher mes mots.
Non, rectification.
De la certitude de bafouiller, chercher mes mots. Parler en anglais est une torture. L'écriture d'un manuscrit en anglais me fait souffrir. Mais là, c'est simplement horrible.
Alors je dois répéter. Seul. Simplement pour tester, pour vérifier où je suis tenté de déraper, voir quelle phrase je ne dois pas commencer car je ne suis pas capable de la finir. En sachant que ça arrivera. Alors il faudra se forcer à parler lentement pour être capable d'anticiper ses propres mots, et se forcer à abandonner en cours de route les phrases qui seront des culs-de-sac linguistiques.
La matinée est dédiée à la vérification des enchaînements, à vérifier que je ne passe pas sous silence quelque chose d'évident pour moi mais pas pour les autres.
Plus tard, j'ai testé sur place que techniquement tout passait bien, qu'aucun graphe ne disparaissait à la projection à cause de lignes trop fines, que tout était lisible. Bien. Pas de souci de ce coté-ci.
15h28. La salle se remplit. Moins qu'à l'accoutumée, mais ça ne me surprend pas ; certains sujets drainent plus de gens que d'autres.
Mon pouls bat la mesure à mes tympans. Proche de 130 à vue d'oreille si j'en crois la trotteuse de la pendule murale.
Oui, maîtriser ça aussi. La main qui tremble, la voix qui chevrote.
Lentement.
Faire les choses lentement.
La lenteur peut cacher un peu ces effets secondaires. Ca y est. C'est à moi. Ma voix déraille un peu, mais ça va, j'ai connu pire. Je pose le décor. Interruption. Demande de précision. Demande exaucée, monsieur. Je continue. Mais je me rends vite compte, que malgré mes efforts, une partie soit s'en fout soit est larguée. Je veux bien être pédagogique, mais je ne peux pas non plus refaire un cours. Au fond, l'essentiel, c'est que le message passe, tant pis si certains seulement captent les détails. Alors faisons passer le message.
16h15 parfaitement dans les temps, je conclus. Un peu maladroitement, tant pis.
Des questions ?
Non ? Allez, s'il vous plaît, ne me foutez pas la honte, posez une ou deux questions...
Merci les copains, c'est gentil. Ca suscite une ou deux autres questions. Ouf.
Thanks again.
Fini. Je suis fatigué, vidé, à sec. Pas mécontent, ça s'est plutôt bien passé.
Trois quatre personnes viennent me voir, me poser de nouvelles questions. Manifestement, ça a plu. Ca en a même impressionné (petit moment de fierté au nom du groupe).
Parmi ceux-là, il y a ce petit bonhomme, les cheveux blancs mais l'œil pétillant. 82 ans. Un retraité, mais qui a toujours sa place au labo et est bien souvent là. Il me remercie pour l'exposé, qui change un peu des sujets habituels. Ca lui a fait plaisir. Il a l'air sincère. J'apprends, qu'avant de travailler sur les comètes, il a fait de la physique solaire, et dans les années 70, il a côtoyé les pionniers de la sismologie dans ce qui n'était encore que des balbutiements. Il me redemande quelques précisions, je lui raconte la genèse de ce travail et lui me raconte une anecdote ou deux. En se quittant, il me remercie une troisième fois en nous souhaitant beaucoup de succès.
Je suis aux anges. Qui ne le serait pas. Rien que pour ça, ça valait le coup.
Je n'ai plus de tonus. Je ne vais pas être très efficace le reste de l'après-midi.
Et ce soir, je suis aussi fatigué que si j'avais couru une longue course. Demain j'aurai des courbatures. C'est impressionnant de voir la tension que le corps peut accumuler dans les muscles en quelques jours. C'est ridicule d'être dans de tels états. J'en ai un peu honte, et l'avouer est pénible. Il y a longtemps que je n'ai pas été aussi crevé ; depuis ma soutenance probablement.
J'espère au moins que j'aurai fait bonne impression aux directeurs présents.
Ce qui est toujours utile pour la suite. Après tout, je suis à la recherche du job suivant. Dans 10 mois, je suis sans contrat.
Cette nuit je vais dormir comme un loir. Je suis sur la brèche depuis longtemps, le sommeil m'est précieux, d'autant que ce séminaire n'était qu'une parenthèse dans un flot d'activités qui ne va pas s'interrompre ; et d'ailleurs, dès demain, il faut rattraper autant que possible le temps de ces trois jours de parenthèse. Mais d'ici demain...
Tiens...
Je viens de retrouver l'ampoule de rechange.
Tout est revenu en ordre.
30/11/07 - 21:09
J'aurais bien assisté à cet exposé.
Mais je n'ai pas encore 82 ans :)
Allez, un petit massage pour tes courbatures.
B, J.
JaHoVil (visiteur - site web)