Lumières
Il y a quelques jours de cela, un soir, je me fis surprendre par l'orage, et me retrouvai bloqué au laboratoire par une pluie battante qui n'en finissait pas. Ce n'était pas gênant de toute façon, j'avais un travail en cours suffisamment prenant pour être suffisamment occupé.
La pluie ralentissait, onze heures allait sonner, je me décidai à rejoindre la station de métro. L'intempérie avait perturbé le trafic, naturellement.
J'attendis une trentaine de minutes, plus du temps qu'il ne m'aurait fallu pour parcourir d'un bon pas la distance qui me séparait de mon domicile.
Mais au moins j'étais au sec.
Le métro arriva, repartit et me déposa, quelques minutes plus tard, à destination, une station plus loin.
La pluie avait alors cessé, mais l'orage grondait encore quelques kilomètres au nord.
Pour finir mon parcours, il me fallait traverser, sur quelques centaines de mètres, une zone complètement à découvert : à droite, un champ de quelques hectares, à gauche un chantier tout aussi vaste. Je marchais sur ce trottoir nouvellement construit, qui longe le tracé de l'ancienne route, récemment détruite ; un trottoir sans éclairage urbain, celui-ci ayant subi le même sort que la chaussée. Je me trouvait donc à cet endroit dans une pénombre qui contrastait avec l'environnement lumineux de la zone habitée qui le précédait.
Je marchais là, écoutant le tonnerre rouler, regardant les éclairs illuminer sporadiquement le paysage. A mi-parcours, au plus fort de l'ombre, je réalisai que l'environnement avait quelque chose d'anormal. Autour, le tonnerre, les éclairs ; et à mon zénith, les étoiles. J'étais cerné de nuages orageux, mais à la faveur d'une grande trouée, le ciel au-dessus de moi était dégagé, laissant apparaître Véga, Altaïr, Deneb – le Triangle d'été – dans leur constellation respective, le Dauphin ou Cassiopée, même la Voie Lactée était perceptible. Tout était magnifié par l'obscurité, même relative, seuls les lumineux spasmes orageux venaient m'aveugler par intermittence.
Mais la rencontre de ces étoiles, scintillant de leur éclat si fragile, et de ces éclairs, brefs et intenses, rendait ce spectacle un peu surréaliste, un peu magique, inattendu.