Sémantique
Une astuce politique fréquente dans certains courants de pensée pour faire passer une idée, un projet, une loi réactionnaire, voire liberticide, consiste à faire appel à l'émotionnel pour oblitérer la raison et la réflexion, à favoriser le réflexe, la peur, la protection au détriment de l'intellect. Pour cela on évoque un fait violent, barbare qui nous révolte tous et on s'en sert comme point de départ pour justifier sa proposition. Il est alors très dur de s'opposer sur le moment, car celui qui tenterait une telle opposition serait immédiatement perçu ou présenté, au mieux comme insensible, au pire comme inhumain et du côté des barbares.
Je suis souvent sidéré de voir à quel point ceux qui nous informent cherchent, en certaines circonstances, à jouer sur l'émotion, en jouant sur les mots, dans le but de grossir le danger, le dégoût ou l'horreur. Ce matin par exemple, j'entends à la radio que, dans le nord-est, ces dix derniers jours, deux tentatives d'enlèvement d'enfants avaient échoué : hier un garçonnet de 2 ans et demi ; il y a dix jours une jeune fille de 18 ans.
A 18 ans, parler de jeune fille, mouaif, mais d'enfant...
Il y a déjà quelques temps, je ne sais plus pour quelle sordide histoire de viol, il était question de deux fillettes de 9 et 14 ans.
Fillette, à 14 ans, je tique.
D'autant que si une fille de 14 ans commet une agression, on ne la qualifiera jamais de fillette, probablement même pas de jeune fille (il y a un côté « sage » dans cette expression), mais probablement d'adolescente (donc forcément à problèmes). De même, si l'agresseur a 18 ans, on parlera sûrement plus volontiers de femme voire de jeune femme.
Mais lorsqu'il est question d'une victime, pour renforcer le pathos, on jouera sur le champ lexical de la petite enfance, c'est-à-dire celui de l'innocence.
Je trouve cela malsain et quelque part indigne.
25/05/07 - 00:21
L'astuce est politique ET journalistique !
Pour ce qui est du politique, il est là pour trouver un moyen de vendre sa came, on ne peut reprocher à un serpent de piquer.
Mais pour le journaliste, c'est une grave faute professionnelle, de manipuler ainsi les opinions et d'influencer le telespectateur/lecteur pour qu'il soit sensible aux idées de tel homme politique.
A quand un permis à point du journaliste ?
orpheus (visiteur - site web)