L'heure du choix
(2) Le cas Bayrou
Cet homme est tentant. Son côté seul contre tous, chevalier héroïque est foutrement sexy.
Et il endosse à merveille le rôle de thaumaturge, prêt à panser les plaies des Français et à les réconcilier avec eux-mêmes.
Soyons honnêtes, même pour moi c'est tentant...
Sauf qu'il y a cette impression de déjà vu. Quoi donc ? C'est quoi ce petit goût légèrement amer, ces sonorités discordantes dans cette envoûtante symphonie ? Ah oui. La fracture sociale. 1995. Chirac.
Oui, c'est ça. Ca me rappelle bougrement Chirac qui voulait résorber la fracture sociale. Campagne de gauche pour un homme de droite.
Douze ans plus tard, on voit où on en est.
Ne faisons pas de procès d'intention.
Il a peut-être effectivement changé. Il n'est peut-être plus ce ministre bien à droite qu'on a connu.
Au moins, il ne traîne pas de casseroles, et je veux croire en son honnêteté et son intégrité.
Et lui, il a reçu le soutien de gens de « gauche »...
Si. si.
Tout le monde a entendu parler de Spartacus (au passage, ça sonne très gay-friendly tout ça), un groupe de socialistes dont le courage et l'engagement politique les poussent à garder un farouche anonymat.
Et puis il y a une partie de l'électorat strauss-kahnien déçu, en particulier la bourgeoisie de gauche liberalo-libertaire, avec de belles figures de proues bloguesques, prêt à n'importe quoi pour casser du Royal ; on y trouve même des anarchistes en charentaises ! C'est dire !
Bon, on a les soutiens qu'on peut.
Je fais fi du faux argument concernant son absence de majorité.
S'il est élu, il la trouvera aux élections de juin.
Mais quelle sera-t-elle réellement ? Il s'appuiera probablement sur son groupe parlementaire déjà existant (qui reste quand même bien à droite, il fait tout de même figure d'exception) ; probablement l'aile modérée de l'UMP. Une partie de la gauche ? Peut-être Rocard qui reste sur sa lubbie du fameux big-bang (qui avait bien marché et bien fait big-banger la gauche en 93...). Donc, oui, peut-être une partie de la gauche. Pour appliquer son programme.
Mais quel est-il ?
Vous êtes assez grand pour le lire tout seul, je pense (non ?).
Bon j'avoue net, c'est terne et décevant.
Sur les sujets de société, il ménage la chèvre et le chou, en bon centriste.
Sur l'école, augmenter la réussite et faire baisser l'échec, je pense que tout le monde au centre et même à gauche, voire à droite (bien que des foules éduquées donc moins dociles ne doivent pas forcément plaire...) sera d'accord. Mais les moyens restent ... flous, pour être gentil.
Son programme a des similarités avec celui de Royal sur ce sujet (sur la carte scolaire par exemple).
Au passage une grosse lacune : comme tous les politiques, il considère que le problème, c'est le collège. Or, je pense que certains profs seront d'accord avec moi : le collège ne fait que révèler des carences existantes. Quand Bayrou dit : « [il faut] que 100 % des élèves sachent lire et écrire à l’entrée en sixième. S’ils ne savent pas, qu’on leur apprenne. » Mais en 6e, n'est-ce pas un peu tard justement ?
Difficile de trouver quelque chose d'excitant, alors concentrons-nous sur le nerf de la guerre, l'économie et le social.
Globalement, il n'y a pas photo, sur nombre de sujets, comme la fiscalité, les retraites, la CMU, cela reste très proche de celui de Sarkozy. La différence majeure reste l'orthodoxie budgétaire, permettant théoriquement une réduction de la dette publique, mais au prix probable d'une croissante atone et de conflits sociaux. C'est un programme de droite immobiliste, plutôt au centre droit si on la compare à celle de N.S., car mâtinée d'un humanisme « de droite » (en particulier une certaine solidarité nationale qui consent à ne pas privatiser complètement la santé).
Son affiche est à l'image de son programme.
Une main droite qui cogne fort, légèrement amortie par sa gauche.
Si j'étais de droite, je voterais pour lui.
Mais il en faut plus pour me convaincre.
Son discours a du sex-appeal, son programme pas.
17/04/07 - 14:12
si je veux pas voter royal, je vote qui ?
gerald (visiteur)