Fitz

16/04/2007

16/04/07 - 15:36

L'heure du choix
(1) Pour qui je ne voterai pas

Pour l'extrême droite bien sûr, que ce soit pour le canal historique ou pour le fou du Puy (toujours très fantaisiste... 200 000 polygames, hop, comme ça, sortis du chapeau, 10 à 15 fois plus que les estimations plus sérieuses – bien que ce soit délicat – enfin, toujours dans ses fantasmes je vois) qui l'a débordé sur son aile extrémiste, ce n'est même pas la peine d'en parler.

Pour N. Sark0zy, ensuite.

Tout d'abord car je réprouve totalement, et son programme économique et social, et une partie de ses valeurs morales, et sa vision de la politique extérieur, qui vont à l'encontre de mes convictions. C'est un homme qui ferai presque regretter Chirac, c'est dire. Il en a les défauts, sans les qualités.

Ce qui me semble le plus absurde, c'est qu'il passe pour un homme de changement ; lui qui depuis cinq ans a presque toujours été à des positions clefs : à l'économie et aux finances et à l'intérieur (et même une place inédite de presque vice-premier-ministre, nommé directement par le chef de l'état...).
Or cet apprenti sorcier laisse une France au bord de l'explosion ; grâce à la politique de cet incendiaire démagogique, la France a connu la pire vague d'émeutes en presque 40 ans.

Sa politique économique et sociale est celle de l'UMP, dans la continuité de celle en application depuis cinq ans.
Casser le système de redistribution solidaire par l'impôt ;
Vendre les biens de l'état ;
Offrir les sociétés de l'état aux copains ;
Mettre en place un système de santé franchisé, santé qui sera à terme assurée comme n'importe quel bien ;
Stigmatiser l'autre : assimiler chômeurs et profiteurs, par exemple ; oui ça existe, on en connaît tous ; ça existe à tous les niveaux. Je connais aussi des gens relativement riches qui magouillent pour réussir à ne pas payer d'impôts, pourquoi ne pas les pointer du doigt ? Pourquoi, pour quelques individus, jeter l'opprobre sur une classe entière de personnes ?
Monter les Français les uns contre les autres, travailleurs contre chômeurs, salariés contre fonctionnaires.

Quant à considérer son programme économique comme le seul « réaliste », je me contenterai de citer l'économiste H. Sterdyniak, professeur à Paris Dauphine (Liberation, le 13/02/07):

Le programme économique de Sarkozy est un fourre-tout extravagant. Il promet et la hausse des dépenses publiques et la baisse des prélèvements obligatoires dans des proportions invraisemblables. Les hausses sont légion, à destination de la recherche et l'enseignement supérieur, des retraités­ -revalorisation des petites pensions-, des familles -instauration d'une allocation au premier enfant -, ou des chômeurs ­-hausse promise des plus basses indemnités. Ces promesses représentent un surcroît de dépenses de l'ordre de 37 milliards d'euros, soit deux points de PIB. Les économies proposées pour y faire face, comme le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant en retraite ou la lutte contre la fraude aux minima sociaux, apparaissent bien faibles, à peine plus de 6 milliards d'euros. Sarkozy s'engage en même temps sur une baisse massive des prélèvements obligatoires : entre la déduction des intérêts pour l'achat d'un logement, l'exonération des heures supplémentaires, la TVA dans la restauration ramenée à 5,5 %, la baisse des droits de succession, etc., les recettes de l'Etat et des organismes sociaux seraient amputées de 24 milliards d'euros ! En fait d'orthodoxie budgétaire, Sarkozy se propose de creuser le déficit public de 55 milliards d'euros, soit 3 % du PIB ! On voit mal la cohérence économique... Ces dépenses seraient financées par le surcroît de croissance que les baisses d'imposition généreraient. Pour cela, la croissance française devrait être de 5,5 % par an pendant cinq ans. Peu probable. Ce programme libéralo-populiste ne tient guère la route.

Fermez le ban.

Ensuite, si j'ai souvent approuvé Chirac ou Villepin dans leur choix de politique extérieure, je doute que ce sera le cas avec l'homme qui dit à Bush que la France s'est trompée et aurait dû s'aligner sur les Etats-Unis lors du conflit en Irak... Lorsqu'on voit le fiasco humanitaire et politique de l'opération, j'en frémis...

Moralement, je ne partage pas les valeurs de l'UMP, ce n'est pas une surprise. Quand je pense par exemple à cette floppée de députés UMP et UDF qui, voulant casser du pédé, ont in fine jeté également l'opprobre sur les familles monoparentales (divorcés, veufs, mères célibataires), avec leur ridicule manifeste pondu par l'inénarrable J.M. Nesme, dans la plus pure tradition de la droite conservatrice, je reste sur le cul, pour parler crûment.

Sur les questions de santé publique, les démélés du candidat avec l'association AIDES montrent un cynisme à toute épreuve. Poser pour des affiches et refuser de s'entretenir avec les responsables de l'association pour connaître ses mesures de lutte contre la pandémie, tout comme Orphéus, j'appelle ça de la propagande (même si depuis il semble s'être rattrapé aux bouts des branches).

En discutant avec des gens hors de France, la meilleure synthèse de Sarkozy qu'on m'a faite est celle d'un bushiste français (avec une politique proche de celle des néo-conservateurs), matiné de Berlusconi.
C'est l'homme du système, au cœur des systèmes politique, médiatique et économique.
Mais il veut faire croire le contraire ; et par le pouvoir de la manipulation médiatique, je crois qu'il y arrive.

Ses dernières déclarations anti-Allemands (petit rappel) et de génétique politique ont mis bien du temps à émerger dans la presse, manifestement frileuse (et je passe sous silence la notion de race chinoise que Sarkozy a développé sur Inter le 12 mars). Imaginez un instant ses propos sur la solution finale prononcés par un autre, c'était l'émeute journalistique...

Quand au déterminisme génétique du suicide ou de la pédophilie, dans la lignée de ses opinions scientifiquement contestables et contestées sur le contrôle en bas âge des potentiels futurs délinquants, il me fait frémir encore une fois. Il s'est vanté d'avoir ouvert un débat. Mais quel débat ? Ce n'est pas un débat, car ce n'est pas une opinion. On ne décide pas par idéologie ce que les gènes gouvernent ou pas. Seules des études scientifiques ( je n'en ai entendu aucune aller dans ce sens, au contraire[1]) peuvent répondre à cette question ; pas une discussion politico-philosophique. Croire le contraire est grave.

Ceci dit, même si j'étais de droite et tenté par son programme politique, j'aurais je crois un énorme problème de conscience à voter pour cet homme, qui représente en politique ce que je hais le plus. Un traître arriviste (vous n'avez pas besoin d'exemples non ? 1995 tout ça ?), manipulateur et truqueur, démagogique (pour un exemple retournez voir ma note ici), semblant peu concerné par la séparation des pouvoirs, considérant qu'un bon journaliste est un journaliste obéissant (ici ou ), avec un ego démesuré, encore plus que les autres politiques qui en ont déjà un gros, au point de friser la pathologie.

Non décidément ni au 1er ni au 2nd tour des élections, je ne pourrai apporter ma voix à cet homme de division.
Comme le dit son slogan, avec lui, tout est possible.
En particulier qu'il provoque une étincelle dans la poudrière qu'il a contribué à créer.
Certains n'attendent que ça et sont prêts pour la révolution, je le crains.



[1]« La vision d'un gène commandant un comportement complexe tel que ceux conduisant à l'agressivité, à la violence, à la délinquance, à la dépression profonde avec dérive suicidaire, est ridicule et fausse », Prof. A. Kahn, généticien.

commentaires

16/04/07 - 21:14

je le crains aussi.

17/04/07 - 11:27

Il n'y a que ces 3 la pour qui tu ne voterais d'office? Ou alors l'episode 2 sera egalement consacré a ceux qui n'auront pas ton vote?

17/04/07 - 14:09

Timy, j'ai prévu 4 post ; dans le 3e, normalement plus court, il y aura aussi des gens pour qui je ne vote pas d'office. La j'ai voulu rassembler l'extreme droite et la droite extreme pour qui je ne voterai pas.

21/04/07 - 18:21

Evidemment, j'approuve mot pour mot. Et je viens de découvrir les professions de foi : sur la sienne, il est écrit que "le travail est une condition de la liberté". Bref, Arbeit macht frei. Comme disait l'autre, les cons ça ose (vraiment) tout.

21/04/07 - 19:25

Je me souviens lors qu'il l'a prononcé à un journal télé ("Le travail c'est la liberté")... Je crois que j'ai mis un certain temps à m'en remettre. Je m'étais dit : ou il provoque, ou il est inculte ; mais dans les deux cas, c'est un vrai con.

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L'image de la bannière et celle de l'avatar ont été créées d'après une illustration de M. Whelan sur la couverture de "l'Assassin du roi" (R. Hobb, France Loisirs Ed.).
Les photos sont de moi, sauf mention contraire.

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