Fitz

24/09/2006

24/09/06 - 21:56

Influence de la langue (1)

Petite série de billets, qui devrait avoir in fine un lien avec les sciences.

Préambule et jeux de mots

Avant toute chose, je rappelle que j’ai toujours été peu doué pour les langues. Mon niveau de français n’est sûrement pas des plus fameux sur le plan orthographique, mais c’est ma langue ; mon niveau devient en revanche catastrophique lorsque je dois m’exprimer dans un autre langage. Qu’on se le tienne pour dit.
Mais elles me procurent tout de même des amusements et me posent des questions fondamentales.

J’ai découvert il y a peu l’ « hypothèse » Sapir-Whorf, du moins le nom de cette théorie. Mais on fait tous l'expérience qu’une langue est plus qu’un moyen de communication mais un vecteur de la culture, que les langues ne sont pas (toujours) interchangeables entre elles – d’où la parfois grande difficulté de traduire – et qu’elle doit modeler notre façon de penser.

Dans sa vie scolaire, on rencontre rapidement les problèmes de la traduction. Un germaniste sera très vite confronté à la fameuse Gemütlichkeit dont il faudra trouver la traduction la moins fausse selon le contexte.

Le fait que je puisse associer le temps qu’il fait au temps qui passe, pourra être compris je crois par un italien, un espagnol mais plus difficilement par un allemand ou un anglais. Cette association par exemple doit influencer la structure de notre pensée. Elle permet évidemment des jeux de mots.
Quoi de plus difficile à traduire qu’un jeu de mot ? « J’ai toujours rêvé de manger de la dinde en Turquie » est pour le moins curieux en français…

A propos de jeux de mots, je voulais revenir sur un des plus vieux jeux de mots de l’Histoire « Eh bien ! Moi je te dis : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (Mt 16, 18). Lorsque je l’ai entendu la première fois, je me suis dit que Jésus était un gars rigolo. Et un jour on réalise qu’en allemand, ça donne : „Und ich sage dir auch: Du bist Petrus, und auf diesen Felsen will ich meine Gemeinde bauen“ et que c’est beaucoup moins drôle. Plus de jeu de mots. En anglais peut-être ? “And I say also unto thee, That thou art Peter, and upon this rock I will build my church” (ou “And so I say to you, you are Peter, and upon this rock I will build my church” dans une traduction plus moderne) Pas mieux. Une langue latine, l’espagnol par exemple : “Mas yo también te digo, que tú eres Pedro, y sobre esta piedra edificaré mi iglesia” Il y a plus d’idée mais ce n’est pas encore ça, on sent la racine commune. Et en latin bêtement ? et ego dico tibi quia tu es Petrus et super hanc petram aedificabo ecclesiam meam (Si quelqu’un a la Vulgate sous la main, je suis preneur de la traduction de Jérôme). On a bien la racine, mais la répétition n'est pas parfaite. Le jeu de mot qu’il existe en français serait donc un hasard de la traduction. Ce jeu de mot n’en serait pas un et Jésus ne serait pas aussi rigolo que ce que je croyais. En fait, si on translittère l’araméen, on doit obtenir (si je peux avoir le point de vue d’un amateur éclairé !?) : 'aph 'ena' 'amar-na' lak da'(n)t-(h)uw ke'pha' we`'al hade' ke'pha' 'ebneyh le`i(d)tiy.
Hourra ! Le jeu de mot réapparaît !
Le français semble permettre de reproduire ce jeu de mot en araméen.
Quelqu’un sait-il s’il y a une explication ?
Mis à part le français, quelles autres langues permettent de retrouver ce jeu de mot ?

PS : les traductions, translittérations ne sont bien sûr pas de moi !!! :-)

PPS : En recopiant l'araméen, je me croyais en plein Lovecraft...

commentaires

24/09/06 - 23:50

De l'araméen, carrément? Mazette!!

Chapeau, et merci pour ce petit moment de culture. :-)

25/09/06 - 00:18

Pour le texte de la Vulgate : "16:18 et ego dico tibi quia tu es Petrus et super hanc petram aedificabo ecclesiam meam et portae inferi non praevalebunt adversum eam"

Mais bien sûr, il faut aussi lire ce qui précède et ce qui suit pour comprendre l'objet du texte.
Pierre vient de dire à Jésus qu'il le reconnaît comme Fils de Dieu et comme Messie (Christ en grec). Jésus reconnaît en Simon la pierre sur laquelle il va bâtir son Eglise. Simon reçoit le nom de Pierre, le rocher en araméen (Céphas).
Ce jeu de mots est donc très volontaire et plein de signification.

Les prénoms sont rarement traduits, c'est le cas de Pierre. En français, il se trouve que le prénom correspond au mot, ce qui est conforme à ce qu'a dit Jésus. Dans les langues latines, le prénom ressemble fortement au mot. Dans les autres langues, le prénom ne correspond pas au mot car il a été directement importé et adapté (Peter).

Dans ce cas précis, Simon a reçu le nom de Céphas (rocher) qui a été ensuite traduit en grec et en latin par pierre, car porteur de sens.

J'ai bien aimé ton texte.

Pour la vulgate : http://

25/09/06 - 13:39

In-the-stars > Tu sais, il n'y a aucun mérite. Avec une petite recherche sur internet, on peut trouver ça...

Jahovil > Le texte en latin que j'avais été donc correct. Merci, tu as bien fait de replacer le jeu de mot dans son contexte, ja'i eu tord de ne pas le faire, ça donne du poids qui plus est à l'argumentaire ; le jeu de mot est significatif et il n'est pas rendu dans plusieurs langues. Comment justifier que Simon se fait "baptiser" Petrus par Jésus pour un allemand ?
Petit j'avais du mal à comprendre d'ailleurs pourquoi il changeait toujours de nom : Simon, Pierre, Simon Pierre...

25/09/06 - 22:32

Merci d'avoir abordé ce sujet, j'ai eu du mal à m'endormir hier soir !
Comment réagirions-nous si on nous donnait un autre nom qui décrirait quelque chose d'essentiel en nous ?

26/09/06 - 08:37

Désolé, j'espère que ce fut moins difficile cette nuit ! :-)
Quant à la question que tu poses, difficile à dire avant d'en faire l'expérience...

26/09/06 - 22:21

Totalement passionnant. Je n'avais jamais prêté attention à ce "jeu de mot" et à ce qu'il en advenait dans diverses langues...

08/10/06 - 00:01

Le jeu de mots est souvent absurde, il tient à un hasard phonétique très étrange. Comprendre le jeu de mots, c'est comprendre la logique de l'humour : accorder un lien à ce qui n'en a pas.

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