Influence de la langue (1)
Petite série de billets, qui devrait avoir in fine un lien avec les sciences.
Préambule et jeux de mots
Avant toute chose, je rappelle que j’ai toujours été peu doué pour les langues. Mon niveau de français n’est sûrement pas des plus fameux sur le plan orthographique, mais c’est ma langue ; mon niveau devient en revanche catastrophique lorsque je dois m’exprimer dans un autre langage. Qu’on se le tienne pour dit.
Mais elles me procurent tout de même des amusements et me posent des questions fondamentales.
J’ai découvert il y a peu l’ « hypothèse » Sapir-Whorf, du moins le nom de cette théorie. Mais on fait tous l'expérience qu’une langue est plus qu’un moyen de communication mais un vecteur de la culture, que les langues ne sont pas (toujours) interchangeables entre elles – d’où la parfois grande difficulté de traduire – et qu’elle doit modeler notre façon de penser.
Dans sa vie scolaire, on rencontre rapidement les problèmes de la traduction. Un germaniste sera très vite confronté à la fameuse Gemütlichkeit dont il faudra trouver la traduction la moins fausse selon le contexte.
Le fait que je puisse associer le temps qu’il fait au temps qui passe, pourra être compris je crois par un italien, un espagnol mais plus difficilement par un allemand ou un anglais. Cette association par exemple doit influencer la structure de notre pensée. Elle permet évidemment des jeux de mots.
Quoi de plus difficile à traduire qu’un jeu de mot ? « J’ai toujours rêvé de manger de la dinde en Turquie » est pour le moins curieux en français…
A propos de jeux de mots, je voulais revenir sur un des plus vieux jeux de mots de l’Histoire « Eh bien ! Moi je te dis : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (Mt 16, 18). Lorsque je l’ai entendu la première fois, je me suis dit que Jésus était un gars rigolo. Et un jour on réalise qu’en allemand, ça donne : „Und ich sage dir auch: Du bist Petrus, und auf diesen Felsen will ich meine Gemeinde bauen“ et que c’est beaucoup moins drôle. Plus de jeu de mots. En anglais peut-être ? “And I say also unto thee, That thou art Peter, and upon this rock I will build my church” (ou “And so I say to you, you are Peter, and upon this rock I will build my church” dans une traduction plus moderne) Pas mieux. Une langue latine, l’espagnol par exemple : “Mas yo también te digo, que tú eres Pedro, y sobre esta piedra edificaré mi iglesia” Il y a plus d’idée mais ce n’est pas encore ça, on sent la racine commune. Et en latin bêtement ? et ego dico tibi quia tu es Petrus et super hanc petram aedificabo ecclesiam meam (Si quelqu’un a la Vulgate sous la main, je suis preneur de la traduction de Jérôme). On a bien la racine, mais la répétition n'est pas parfaite. Le jeu de mot qu’il existe en français serait donc un hasard de la traduction. Ce jeu de mot n’en serait pas un et Jésus ne serait pas aussi rigolo que ce que je croyais. En fait, si on translittère l’araméen, on doit obtenir (si je peux avoir le point de vue d’un amateur éclairé !?) : 'aph 'ena' 'amar-na' lak da'(n)t-(h)uw ke'pha' we`'al hade' ke'pha' 'ebneyh le`i(d)tiy.
Hourra ! Le jeu de mot réapparaît !
Le français semble permettre de reproduire ce jeu de mot en araméen.
Quelqu’un sait-il s’il y a une explication ?
Mis à part le français, quelles autres langues permettent de retrouver ce jeu de mot ?
PS : les traductions, translittérations ne sont bien sûr pas de moi !!! :-)
PPS : En recopiant l'araméen, je me croyais en plein Lovecraft...
24/09/06 - 23:50
De l'araméen, carrément? Mazette!!
Chapeau, et merci pour ce petit moment de culture. :-)
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