L’hôtesse est providence
Dans l’avion mercredi dernier – je sais, je parle beaucoup d’avions en ce moment, mais c’est un concours de circonstances – Dans l’avion mercredi dernier donc, je ne suis fait cette petite réflexion. J’étais monté parmi les premiers passagers et j’étais déjà installé. Je regardais dans l’allée momentanément embouteillée mes futurs compagnons de vol et je me demandais qui parmi eux serait mon voisin.
Un homme ? Une femme ? Jeune ? Vieux ? Quelconque ? Laid ? Beau ? Mignon ? Bavard ? Muet ? Si j’avais à choisir, le charmant jeune homme qui attend patiemment debout, là-bas vers l'entrée de la cabine, serait très bien. Il a l’air agréable, plutôt mignon, il me semble sympathique. Oui, il me plait bien. Il ferait un compagnon de voyage idéal. Je pourrais presque être tenté de lui faire la conversation.
Mais bon, ce n’est pas moi qui choisis. Je vais probablement hériter d’un insatisfait grincheux ou d’un frénétique du clavier travaillant d’arrache-pied pour terminer un dossier. Ce n’est pas moi qui choisis, mais pire que cela : personne ne choisit. Maintenant nous prenons le plus souvent une carte d’embarquement à une borne automatique, voire nous l’imprimons à domicile comme nous incite à le faire la compagnie aérienne. On ne passe plus nécessairement devant une hôtesse ou un steward pour s’enregistrer. D’ailleurs leurs effectifs fondent comme neige au soleil.
Je me dis à cet instant que ce qui me semblait le plus triste dans la disparition de ce travail humain, c’était la disparition du potentiel rôle providentiel que ces hommes et ces femmes pouvaient jouer. Je repensais à cette hôtesse au sol, ce personnage de roman – était-ce dans Un tout petit Monde de David Lodge ? – expliquant qu’elle ne plaçait pas les gens au hasard dans la cabine, qu’elle jouait parfois les marieuses en s’arrangeant pour se faire rencontrer cette femme et cet homme qui – pensait-elle – pouvaient se plaire, ou au contraire qu’elle faisait voyager ce malotru à côté de ces turbulents et insupportables mômes. Elle jouait la Providence. Elle devenait la Providence. Elle avait ce pouvoir d’influer les destins.
Si j’étais passé devant cette hôtesse improbable, aurait-elle plaçait ce jeune homme à côté de moi ? Oui, je n’en doutais pas une seconde.
Mais je n’étais pas passé devant elle : je n’étais passé devant personne et encore moins devant cet ange providentiel.
J’étais perdu dans cette rêverie solitaire, lorsqu’un passager arrivé à ma hauteur me ramena à la banale réalité et me fit comprendre que le siège, proche du hublot et dont je bloquais l’accès était le sien. C’était mon charmant jeune homme.
Troublante sensation que celle de cet instant.
22/08/06 - 09:26
Douterais-tu de ton charme pour lui préférer la Providence ?
edeion